L’accent québécois

Projet no 7 : recherche documentaire –

Discours présenté par : Jimmy Bouchard, membre du club Toastmasters les Explosifs de Laval

Cher collègues Toastmasters, distingués invités, je vais commencer en vous faisant une confidence.  Je viens ici le mercredi soir pour 2 raisons: 1-  Évidemment, pour développer mes habiletés à livrer un discours devant un public, et 2-, pour venir écouter la diversité de vos accents.  En effet, j’apprécie au plus haut point la diversité culturelle sous toutes ses formes et particulièrement nos différentes manières de nous exprimer.

Certains accents sont plus raffinés, d’autres plus musicaux ou plus graves, ou comme le mien, un peu plus rude avec une consonance un peu vieillotte pour certains!  Et bien sachez que c’est l’accent des bleuets!  Et puisque le Lac-St-Jean est une région relativement isolée, la vieille forme de français parlé du temps de la Nouvelle-France a été relativement bien préservée au nord.

Cela dit, saviez-vous que le français parlé du temps de la nouvelle france était reconnu, comme une forme pure du français parisien?  En effet, en 1698, le contrôleur de la marine royale française écrit:

« on y parle ici parfaitement bien sans aucun accent, on ne saurait distinguer le parler d’aucune province dans celui de la canadienne. »

Le navigateur était dans les faits très étonné de constater que mêmes les paysans ici en amérique parlaient un français comparable à celui de la cour du roi.

L’utilisation du français royal a donc été généralisée ici en Amérique avant même de l’être en France.

Étonnant n’est-ce pas?  Ce fait s’explique pourtant avec des raisons fort simples:

Premièrement.  À l’époque de la colonisation, en France, seulement 2 français sur 5 parlaient le français correctement. Puisque les colons provenant de différentes provinces de la France parlaient chacun leur patois maternel, ils n’ont pas eu le choix d’adopter une langue commune, et pour ce faire, ils ont choisi à l’époque la langue qui était  la plus prestigieuse en France: le français royal, appelé le “bel usage”, qui était  le français parlé par la noblesse française.

Le bel usage ou le francais royal, contrairement au francais “grand usage” employé par la bourgeoisie, était une forme de francais plus décontracté, on fait abstraction de certaines consonnes et ou l’on abrège certains mots: le fameux y au lieu du lui, j’y ai donné de l’argent, au lieu de: je lui ai donné de l’argent ou le qek chose au lieu du quelque chose. Même chose pour le oi qui se prononce oé; comme moé ou toé.

Également, puisque la plus grande majorité des immigrants en Nouvelle-France sont d’origine normande, nous avons hérités de certaines particularités de langage de ces descendants Vikings, comme les mots qui se termine en eux: Un robineux, un niaiseux, un téteux, un senteux…. Tous des qualificatifs plus élogieux les uns que les autres n’est-ce pas?

Une autre raison maintenant, un peu moins prestigieuse certes, mais puisque l’on ne peut refaire le passé…  Pour stimuler la colonisation de sa nouvelle colonie, le roi de France envoya en Amérique ce que l’on appelait les filles du roi, qui était en grande partie des enfants illégitimes de la noblesse française. Puisque ces filles côtoyaient la monarchie durant leur enfance, c’est donc la langue qu’elles ont transmise à leurs enfants ici en Amérique.

Cela dit, qu’est-il donc arrivé quelque part entre 1760 et 1810 pour que notre francais pur et royal devienne un français “lourd”, vieillot et sans grâce?  Principalement deux facteurs l’expliquent:

Le premier est le déclin de la France monarchique de l’époque. En effet, en 1759, Louis XVI, étant pris avec de lourds problèmes au sein de son propre pays, perd sa colonie au détriment de l’Angleterre.

Le deuxième facteur survient peu de temps après, la révolution française de 1789. Soudainement, allez savoir pourquoi, ce n’était plus tellement populaire de parler le francais royal, en effet on risquait d’y perdre la tête. Donc en l’espace d’une génération, par pur patriotisme révolutionnaire, le français grand usage, déjà employé par la bourgeoisie a pris toute la place, et le bel usage quant à lui, employé par la noblesse fut totalement rayé de la carte.

Pendant ce temps, les habitants du Canada, étant complètement déconnectés de la réalité linguistique de la France après 1789, ont continué de parler le francais royal.  Malgré l’apparition d’anglicismes, notre français d’Amérique est pratiquement resté le même.

Ce n’est donc pas le français d’Amérique qui a changé, mais bel et bien celui de la France.

En conclusion, chers collègues Toastmasters et distingués invités, vous saurez que l’écoute de l’accent québécois est une manière simple de voyager dans le temps en s’imaginant ce que pouvait être la vie parisienne de la France monarchique de l’époque.